Commissariat général au tourisme

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Les logiques de développement touristique dans la vallée de l'Aries, en Roumanie

Depuis le milieu des années 90, plusieurs zones rurales en Roumanie se sont engagées dans un processus de développement touristique. De plus en plus de personnes avec un esprit entrepreneur ont commencé à entrevoir le potentiel et les bénéfices de la pratique du tourisme rural. Ainsi les premières initiatives dans ce domaine ont-elles timidement fait leur apparition dans quelques endroits du pays ayant une tradition dans l'accueil des touristes (la vallée de Prahova et la zone autour de la ville de Brasov) pour s'étendre ensuite à d'autres régions du pays, dont la vallée de l'Aries. Si les résultats en terme de fréquentation y sont à présent relativement satisfaisants, il s'avère toutefois que le développement touristique de la vallée de l'Ariès se heurte à plusieurs difficultés, dont : l'insuffisance de l'infrastructure touristique et surtout de l'infrastructure de transport par rapport à la croissance continue de la fréquentation touristique de ces dernières années, la faible promotion touristique de la région et le manque de savoir-faire dans ce domaine de certains propriétaires de structures d'hébergement en milieu rural ainsi que d'autres acteurs de développement local : les administrations locales,...

L'objectif de mon travail est d'identifier ces difficultés, de comprendre leur origine et de voir comment il serait possible de les surmonter. Pour ce faire, je vais me focaliser sur cette vallée de montagne, située dans une division des Carpates Occidentales (voir carte l), dont la partie supérieure (la Haute Vallée de l'Ariès) a fait partie du projet "Le développement du tourisme rural" du programme PHARE Tourisme 1996-1997 en tant que zone pilote parmi les quatre zones pilotes retenues par l'Union Européenne pour la mise en place de ce projet. Mon choix s'est porté sur la vallée de l'Ariès dans les Monts Apuseni, en Roumaine, car je considère que l'offre touristique actuelle dans cette zone est assez variée en tant que ressources, hébergement et activités proposées et organisées pour mériter d'être promue tant sur le marché touristique intérieur qu'à l'extérieur de la Roumanie et cela malgré les difficultés liées à sa mise en valeur.

Pour comprendre le positionnement du tourisme dans le développement économique local il me semble utile de poser quelques repères sociaux et économiques. Ainsi, à présent, la majorité des zones des Monts Apuseni, dont la vallée de l'Ariès, sont confrontées aux mêmes problèmes démographiques : vieillissement de la population, féminisation, exode des jeunes, taux de croissance naturelle négatif, appauvrissement. De plus, la population de ces montagnes, majoritairement rurale, est occupée surtout dans l'exploitation du bois et en agriculture : l'élevage des animaux et la culture des plantes, les produits obtenus étant destinés à la consommation propre, en tant que moyen principal d'existence. Seulement 17% des paysans vendent leurs produits sur le marché agricole local et régional car ils sont la plupart du temps suffisants seulement pour les besoins de leur propre famille. Cela explique aussi l'intensité constante depuis des décennies et l'importance de l'exploitation du bois, parfois avec des conséquences néfastes pour l'environnement.

Les trois autres zones pilotes sont : Bran (département Brasov), Varna (département Suceava) et Valea Izei (département Maramures), nous reviendrons sur les objectifs de ce programme au cours de la 4 ème partie de mon travail.

Les paysans roumains en général, et ceux des Monts Apuseni sont dans la même situation, ont le niveau de vie le plus bas d'Europe. Ils pratiquent, dans leur grande majorité, une agriculture de subsistance avec des moyens rudimentaires (traction animale) et qui n'est pas suffisamment mécanisée. Conformément aux données publiées en juin 2000 par le Forum Mondial de la Montagne, les habitants de la montagne en Roumaine, environ 3,7 millions, produisaient environ 413 USD/an/habitant, très peu par rapport à ceux de Slovaquie et d'Albanie, qui en produisaient 2120. Dans certaines localités de la vallée de l'Aries la fonction industrielle extractive était, jusqu'à il y a quelques années, très importante. Par exemple, dans la commune Rosia Montana, formée de 16 villages, on exploitait des minerais d'or et d'argent à Rosia Montana, Abrud et Bucium. A Sohodol on continue à extraire du marbre. L'exploitation intensive a créé beaucoup de problèmes dans cette zone, surtout d'ordre environnemental. Actuellement, le projet minier en attente d'autorisation "Rosia Montana" prévoit une exploitation des ressources d'or et d'argent de la zone pour une période de 16 ans, ce qui pourrait engendrer une nouvelle vague de pollution de la vallée, déjà gravement affectée dans sa partie moyenne et inférieure.

En prenant en compte d'une part la situation économique de cette zone rurale et les problèmes environnementaux qui imposent des solutions viables et de l'autre part son potentiel touristique non négligeable, tant naturel (Le Parc Naturel Apuseni, les réserves et les monuments de la nature) que culturel (ethnographique, monuments d'architecture populaire et religieuse,...), il apparaît qu'une des alternatives potentielles de développement de la vallée serait le tourisme, qui, par des pratiques respectueuses de l'environnement, pourrait se constituer dans un levier qui entraînerait la mise en marche du moteur économique local et poserait les bases d'un développement local durable. Un segment du phénomène touristique dans lequel la Roumanie en général et la vallée de l'Aries en particulier se sont inscrites depuis maintenant 15 ans environ est celui du tourisme rural.

Malgré le potentiel touristique de la zone, qui est, comme je l'ai déjà précisé, non négligeable et qui se prête particulièrement bien à cette forme de tourisme, cette période s'est écoulée sans que la phase initiale de développement soit réellement dépassée. Les raisons de cette situation sont multiples, les responsables aussi. Il en ressort clairement la faible implication tant financière que logistique des autorités à tous les niveaux dans la mise en marche du processus de développement touristique de cette zone. Les conséquences de cette situation se font encore ressentir dans la vallée de l'Aries à l'heure actuelle. Pour illustrer la situation actuelle de la vallée de l'Ariès du point de vue touristique et les problèmes auxquels les acteurs du tourisme s'y confrontent je vais organiser mon travail autour de la problématique de l'influence du contexte socio-économique et législatif national et local, surtout d'après 1990, sur le développement touristique de cette vallée.

Pour conclure, je vais donner des exemples de projets qui montrent que, déjà avant l'entrée de la Roumanie dans l'Union Européenne en janvier 2007 et encore plus depuis, des solutions prennent racine et apparaissent envisageables pour le développement durable de cette vallée. Une de ces solutions serait le tourisme rural, qui devrait être promu comme une activité qui s'équilibre avec d'autres, dans un modèle intégré de développement rural.

Auteur(s)  Lucacia Dianna
Université ULB - IGEAT
Date de parution 2007

Disponibilité

Extrait

" Directeur : Decroly "