Commissariat général au tourisme

Les Pages Pro

Le train comme moyen de transport touristique international sur le marché belge: Perspective d'avenir.

À la fin du 19ème siècle, le train a été le premier moyen de transport moderne capable de déplacer un nombre important de passagers sur de longues distances. Cette avancée technique a donc modifié les habitudes en termes de mobilité touristique. D'abord destiné à une classe sociale privilégiée, le train se démocratisa petit à petit dans le courant du 20 ème siècle. En plus de sa fonction d'utilité publique, il permit aussi des déplacements touristiques intemationaux et de plus grands nombres. Différents types de produits ferroviaires touristiques, tels que les trains de nuits et les trains d'autos accompagnées, ou "auto trains", ont été mis sur les rails. De nombreuses liaisons directes étaient programmées quotidiennement au départ de villes comme Bruxelles à destination du sud de la France, par exemple. Les voyageurs passaient la nuit à bord du train et arrivaient reposés sur leur lieu de vacances.

"Au cours des dix dernières années, le voyage a perdu son faste, son statut, son attractivité, pour se réduire à un vulgaire déplacement, à un produit de grande consommation dans une société hyperflexible, mouvante, qui généralise l'ubiquité et l'urgence depuis l'arrivée d 'Internet."(Chazaud, 2009).

Dans ce contexte d'"hyper mobilité" touristique, le secteur du transport occupe, en effet, une place primordiale. D'ailleurs, si nous reprenons la définition établie par l'Organisation Mondiale du Tourisme, un séjour touristique doit nécessairement avoir lieu en dehors de l'environnement habituel du consommateur. Cette conception implique donc un déplacement, ce qui implique nécessairement l'utilisation d'un moyen de transport. Le transport est donc l'élément fondamental pour que le tourisme puisse se faire. Seulement, cette relation entre "tourisme et transport" a principalement été approchée sous l'angle du géographe et rarement dans son contexte touristique (Lew, 2004).

Notre travail consistera donc notamment à donner à cette dynamique une perception plus socio-économique que géographique, sans toutefois négliger cette discipline. Par ailleurs, les préoccupations écologiques et économiques récentes indiquent un changement dans les comportements touristiques. Dans une perspective de tourisme durable et de redécouverte du voyage, nous pensons que le produit ferroviaire pourrait répondre à cette nouvelle demande, de plus en plus sensible aux aléas de la société.

Cependant, nous avons constaté un déclin du secteur ferroviaire. Celui-ci se traduit par une diminution de l'offre et une perte de parts de marché au cours des vingt dernières années au profit d'autres moyens de locomotion tels que le transport aérien et l'automobile. La voiture est effectivement le premier mode de transport utilisé par le touriste belge pour ses vacances. Nous avons, d'ailleurs, constaté qu'à partir des années 70, les politiques de transport étaient surtout tournées vers le développement du réseau routier et la voiture individuelle a pris de plus en plus d'importance jusqu'à devenir omniprésente dans la vie de chacun.

Ensuite, la démocratisation du transport aérien et le développement de produits "low cost" sont devenus une source de concurrence, en termes de prix et de temps, très forte. Si bien qu'en 2007, à peine 3% des belges prenaient le train pour leurs longs séjours (quatre nuits et plus) à l'étranger.

Simultanément, l'apparition du train à grande vitesse a vu disparaître les trains classiques. En Belgique, par exemple, la SNCB abandonna définitivement le service de trains de nuit en 2003 pour ne garder qu'une faible offre de trains classiques internationaux. La Belgique bénéficie, toutefois, d'une situation géographique idéale pour les déplacements au coeur de l'Europe de l'Ouest et l'infrastructure de transport n'y manque pas.

Par ailleurs, nous avons choisi d'étudier plus particulièrement le développement du transport ferroviaire au départ de la Belgique, et ce essentiellement dans un but touristique. Pour ce faire nous nous sommes intéressés plus spécifiquement au trafic international de voyageurs, de loisirs principalement, et aux différentes variables susceptibles d'avoir un impact sur son évolution. Pour comprendre le contexte dans lequel le secteur ferroviaire se développe, il nous a tout d'abord paru nécessaire de recenser les politiques ferroviaires européennes et belges, ainsi que leur évolution. Nous avons également essayé de cerner les principaux acteurs jouant de près ou de loin un rôle dans ce secteur. Il s'agit non seulement des autorités compétentes, mais aussi des différents opérateurs commerciaux et des diverses associations qui se sont créés autour de cette activité. Étant donné la multiplicité d'acteurs interférant dans ce domaine, nous n'avons pas eu la prétention d'être exhaustifs. De même, la terminologie et la structure de l'infrastructure ferroviaire sont particulièrement complexes. Les différents réseaux ferrés et trains européens répondent à des signalisations différentes. Le réseau est donc particulièrement hétérogène et son processus d'homogénéisation est assez lent. Comme tout produit, l'activité ferroviaire répond aux fluctuations de l'offre et de la demande. Nous avons donc porté une attention particulière à ces facteurs, leur attribuant à chacun un chapitre.

Nous avons, tout d'abord, réalisé un résumé de l'offre ferroviaire internationale disponible à partir de la Belgique. Pour ce faire, il était intéressant de se placer dans la peau du consommateur, ou touriste, belge. Ce qui nous a amenés à une analyse approfondie de la demande.

À la suite de cet état des lieux, nous pourrons constater si l'offre correspond effectivement aux exigences de la demande. Dans le cas contraire, nous avons proposé des solutions pour rendre le produit plus attractif, selon les différents profils de consommateurs. En effet, nous avons relevé plusieurs facteurs de réticence par rapport à l'utilisation du train, ainsi que les solutions à envisager pour sensibiliser le marché et améliorer l'offre.

Nous avons également tenté de comprendre les logiques cachées derrière les grands changements que le secteur a subi et subit encore aujourd'hui. Le transport ferroviaire est bien entendu dépendant des autres formes de transport terrestre, aériennes ou maritimes présentes sur le marché. Les deux formules de déplacement les plus concurrentielles sont l'automobile, d'une part, et l'avion, d'autre part. Nous verrons donc plus loin comment cette concurrence évolue et pourquoi, sur la plupart des destinations, elle ne laisse que peu de chance aux produits ferroviaires. De manière à mieux se rendre compte du choix modal devant lequel le consommateur se trouve lors de la réservation d'un voyage, nous avons entrepris une comparaison, en termes de prix, de distance et de temps, entre différentes formules de transport pour une destination donnée. Cette simulation nous a amenés à des conclusions intéressantes et très concrètes puisqu'elles s'appuient sur les réalités du marché. Un marché n'étant jamais inerte face à l'évolution des enjeux mondiaux et de la société, nous nous sommes permis d'élaborer des hypothèses en fonction des tendances et perspectives abordées, entre autres, par un ensemble de théoriciens du tourisme.

L'objectif final de cette analyse interdisciplinaire est d'émettre un avis quant à l'avenir du rail auprès du voyageur belge. Tous les facteurs mis ensemble, le train touristique international pourra-t-il prétendre à une perspective d'avenir?

Auteur(s) Van Rillaer Sandra
Université ULB - IGEAT
Date de parution 2009

Disponibilité

Extrait

" Directeur : J-M Decroly "